Spoiler : à 85 secondes, demain est pas garanti.
le monde ne crie pas.
Il soupire.
Une horloge.
Des secondes.
Pas de feu, pas de sang dans les mots.
Juste un chiffre qui dit : on est rendus là.
Minuit, dans l’imaginaire, ça devrait être un grand fracas.
Un bruit de fin.
Un ciel qui se déchire.
Mais non.
Minuit approche comme un chat fatigué qui traverse le salon pendant qu’on regarde ailleurs.
À 85 secondes, tout est encore debout.
Les villes.
Les écrans.
Les lunchs dans le frigo.
Les enfants qu’on borde en disant « à demain » comme si demain était une évidence, pas une hypothèse.
Ce qui est troublant, c’est pas la menace.
C’est notre capacité à l’absorber sans broncher.
On est devenus bons là-dedans.
Bons pour vivre au bord du gouffre avec un ton calme.
Bons pour appeler ça « contexte mondial ».
Bons pour continuer.
Le monde finit pas dans un bang.
Il finit dans une accumulation de plus tard.
Plus tard on va réagir.
Plus tard on va changer.
Plus tard on va s’indigner comme du monde.
À 85 secondes de minuit,
on n’est pas ignorants.
On est habitués.
Habitués aux nouvelles graves.
Habitués aux chiffres qui veulent dire « attention ».
Habitués à cette drôle de tension molle où tout est urgent, donc plus rien ne l’est vraiment.
Pis pourtant…
quelque chose sait.
Dans le corps.
Dans la poitrine.
Dans ce silence un peu trop long quand on y pense pour vrai.
À 85 secondes,
le monde tient encore.
Mais il tremble doucement.
Pis ce qui reste à voir,
c’est pas quand l’horloge va sonner.
C’est si, avant ça,
on va enfin arrêter de faire semblant
qu’on n’entend rien.



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