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La tempête, les chefs et le verre au bout du rang

 Par Suzy Wong



Ah ! Comme la neige persiste,

elle tombe toujours là où ça fait réfléchir :

sur les nids-de-poule,

sur le passé qu’on n’a jamais complètement pelleté,

sur les mots trop grands pour les bottes.


François Legault a refermé son vieux carnet

comme on ferme un cahier d’école

quand la cloche sonne mais qu’on n’a pas fini.

Les clés du char attendent sur le buffet,

fatiguées d’avoir mené du monde

qui n’était pas sûr de la destination.


Au Salon Bleu,

c’est pas un silence,

c’est une tempête blanche.

On cherche un boss,

on cherche un cap,

on cherche parfois juste quelqu’un

qui ne panique pas quand ça dérape.


Christine Fréchette arrive en ski,

pas pour impressionner,

pour tenir la distance.

Elle connaît le souffle long,

les montées qui brûlent les cuisses

pis les descentes où faut pas fermer les yeux.


Simon Jolin-Barrette, lui,

traîne ses principes bien droits,

droits comme des pancartes plantées dans la neige.

Il avance lentement,

mais sans zigzaguer,

convaincu que la ligne droite

finit toujours par mener quelque part.


L’une glisse avec méthode,

l’autre marche avec ses convictions,

pendant que Denis Coderre, au loin,

gonfle encore ses ballons

en espérant que le vent

se souvienne de son nom.


On nous sert des rêves en canne,

des projets légendaires,

emballés à la Primeau-banane,

jaunes avant d’être mûrs,

promis éternels

mais datés de la veille.


Mais le sage,

assis tranquille sur son bloc de glace,

ne s’énerve pas.

Il regarde le vent passer,

pis il sait

que le vent,

ça change toujours d’idée.


Parce que le vrai Québec,

le nôtre,

celui qui parle bas

pis qui déneige sans discours,

s’en sacre un peu des chefs

et beaucoup des tempêtes artificielles.

Il écoute la rivière craquer,

il se réchauffe

au fond d’un verre partagé.


Que François doute,

que Christine avance,

que Simon tienne ses lignes,

le Riesling coule pareil

pis la peine fond doucement.


Le bonheur, au fond,

c’est pas une victoire éclatante.

C’est d’être souverain

de son samedi,

de son pas,

pis de son propre chemin.


C’est-y pas beau,

ça,

quand on prend le temps

de marcher dedans ?


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