La grande quadrille des ogres
Par Suzy Wong
Le monde actuel ne ressemble plus à une carte bien tracée; il ressemble à une vieille galette de sarrasin trop cuite qui s'effrite entre nos doigts. On a troqué l'époque des quelques coqs maîtres du poulailler pour un ring où s'affrontent quatre ogres géants. C’est une chorégraphie brutale où il va falloir avoir les pieds légers si on ne veut pas finir écrasés en bouillie.
1. L'Asie: La fourmilière électrique
L’Asie, c’est le voisin insomniaque qui a transformé la force du nombre en force du génie. C’est une talle de framboises sauvage: si tu essaies d’en arracher une, c’est tout le buisson qui te saute au visage. Ils ont la discipline d’un régiment de fourmis sous caféine, fabriquant le futur dans leur garage pendant qu’on s’obstine encore sur le prix du gaz.
C’est un banc de piranhas qui aurait appris l'informatique: individuellement discrets, collectivement capables de déplacer des montagnes. Ils n'attendent plus après personne; ils ont déjà traversé le champ alors qu'on cherche encore nos bottes de pluie.
2. L'URSS: Le fantôme mal commode
L’ancienne URSS, c’est le revenant qui refuse de rester dans son trou. C’est l’empire du froid et de la nostalgie qui goûte la rouille. Imaginez un vieux lion magané: comme il ne peut plus courir, il rugit si fort que tout le monde en a la chair de poule.
Ils jouent au monde comme on joue aux échecs, avec une patience de glace et un mépris souverain pour la douceur. C’est le mononcle acariâtre qui sort son fusil dès qu'un chat marche sur son terrain, moins soucieux d'être aimé que d'être craint. Une tragédie grecque jouée en bottes de poil au milieu d'un blizzard.
3. L'Europe: La grande dame aux bibelots
Ah, l’Europe! Une grande dame qui s’obstine à polir l’argenterie pendant que le sous-sol inonde. Elle est fine, elle parle en vers, elle a des principes nobles, mais elle est terriblement lente sur la gâchette. C’est l’empire de la politesse dans un bar de danseuses.
Elle veut créer des comités pour savoir si on a le droit de se battre. Elle sent bon la lavande et le vieux papier, mais elle passe son temps à s'excuser d'exister. C’est le cœur du monde, certes, mais un cœur qui aurait besoin d’un sérieux stimulateur cardiaque pour tenir la cadence face aux coups de chaînes de trottoir des autres.
4. L'Amérique: Le show de boucane algorithmique
L’Amérique, c’est le cowboy qui a troqué son lasso pour un iPhone. C’est l’empire du spectacle, du grand luxe et de l’amnésie volontaire. Ils inventent une révolution le matin pour l'avoir oubliée à l'heure du souper.
C’est fascinant comme un accident sur la 20: on sait que ça va mal finir, mais on ne peut pas détourner les yeux parce que les effets spéciaux sont trop bons. Ils se pensent encore le nombril du monde, sans voir que le cordon est en train de lâcher et que le reste de l’équipe regarde ailleurs.
Comment on survit dans ce capharnaüm?
Pour que le Québec et les autres p'tits ne passent pas dans la tordeuse, voici le plan de match:- La souveraineté de la boîte à lunch: On ne peut pas faire le fier si on quête son pain. Il faut qu'on soit capables de se nourrir et de se chauffer sans demander la permission aux quatre grands. L'autonomie, c'est le début de la liberté. «Si tu possèdes pas tes semences, tu possèdes pas ton destin.» Le porc, le blé, l’eau, l’électricité… faut que ce soit à nous autres. Si on dépend du voisin pour notre bacon, on est cuits d'avance.
- La ruse du renard: Puisqu'on n'a pas les muscles pour se battre, il faut avoir la tête pour slalomer. On doit devenir le dépanneur diplomatique, l'endroit neutre où les empires viennent se parler parce qu'on sait faire un bon pâté chinois et qu'on n'est pas menaçants.
- La culture comme bouclier: Si on essaie de copier les Américains, on va devenir une pâle photocopie floue. Il faut cultiver notre différence comme une fleur rare. Plus on est nous-mêmes, plus on devient une pièce du casse-tête que personne ne peut jeter. Plus les empires vont essayer de nous faire rentrer dans le moule, plus on doit être bizarres, uniques, fiers de notre accent et de notre culture. C’est notre différence qui est notre meilleure assurance-vie.
Le mot de la fin
Le monde change de peau, c’est vrai. On est passés d’une petite valse à un derby de démolition. Mais comme on dit chez nous: «Y’a rien là, on en a vu d’autres!» On va garder la tête froide, l’humour bien aiguisé et le cœur grand ouvert, pour s'assurer que notre petite étincelle ne s'éteigne pas entre les quatre grands soufflets.




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